Pourquoi l’ergonomie doit partir du travail réel

vainui_decembre15_ergonomie ©Vainui de castelbajac

Ce qui importe, quand on parle de risques professionnels, c’est d’adopter le bon point de vue. Il faut donc se détacher de toute vision théorique, pour partir des situations de travail réelles. Celles dans lesquelles on pourra discerner les dangers avérés. À partir de là, les ergonomes pourront réellement faire leur travail.

Comme dans toutes les entreprises, les collectivités territoriales emploient des travailleurs qui sont susceptibles d’être exposés à des dangers et des risques professionnels ainsi qu’à des conditions de travail qui peuvent être dégradées. L’ergonomie, discipline récente dans le champ de la santé et de la sécurité au travail, a donc toute sa place dans la fonction publique territoriale.

 

Le point de vue des activités de travail

Quelles sont les spécificités de l’ergonomie et les applications qui sont développées ? De façon plus générale, l’ergonomie – et donc les ergonomes – porte le point de vue du travail « réel ». C’est-à-dire tout ce que font les travailleurs mentalement et physiquement pour produire ce qui est attendu d’eux par l’organisation.

Dans le champ mental, il s’agit par exemple des prises d’information visuelles, auditives, kinesthésiques… ; des communications verbales et non verbales ; des réflexions et raisonnements individuels et collectifs… Dans cette première acception, on parle de travail cognitif dans lequel c’est la pensée consciente et non consciente des travailleurs qui est engagée. Philippe Davezies souligne que la pensée inconsciente précède toujours les actions entreprises dans le travail. Dans le même champ mental, il s’agit également des émotions qui sont présentes dans tous les actes de la vie et donc de la vie au travail.

 

Les ergonomes sont compétents pour repérer quand ce que font les travailleurs est source de danger et de risques pour leur santé et leur sécurité.

 

Dans le champ physique, les mobilisations possibles du corps sont infinies : les déplacements, les mouvements, les ports de charge en sont des exemples très courants. Le maintien de postures figées imposées par la tâche est moins évident a priori.

Bien sûr, ces différentes dimensions du travail réel sont présentes simultanément dans les activités de travail. Les ergonomes sont compétents pour voir ce que font les travailleurs dans leur travail réel et repérer quand ce qu’ils font est source de danger et de risques pour leur santé et leur sécurité.

 

Évaluer les risques réels

Ainsi l’ergonomie trouve son utilité dans l’évaluation des risques professionnels. L’observation et l’analyse des activités de travail dans leur contexte d’organisation et les connaissances des dangers et des risques professionnels permet aux ergonomes d’identifier quels sont les risques réels auxquels les travailleurs sont réellement confrontés, comment ces risques apparaissent réellement et comment les travailleurs y font face avec efficacité ou non.

Cette approche « réaliste » de l’évaluation des risques est indispensable et complémentaire à l’approche « historique » des risques qui s’appuie sur l’existence a priori de dangers inhérents aux substances chimiques, aux phénomènes physiques et aux agents et germes pathogènes : les dangers chimiques, physiques et biologiques qui seuls ne constituent pas des risques et qui peuvent le devenir dans leur rencontre avec les travailleurs dans les activités de travail.

 

À FAIRE
3 RÉFLEXES POUR TRAITER LE TRAVAIL RÉEL
1 – Analyser les activités de travail dans leur contexte d’organisation.
2 – Ne pas se contenter de connaître les dangers, s’intéresser à la manière dont ils vont apparaître.
3 – Proposer des actions de prévention au plus près du réel des agents.

 

L’importance de la situation de travail

L’existence de dangers ne nous dit pas comment les risques professionnels vont apparaître. Le détour par le travail réel permet de le voir, de l’identifier et de l’évaluer.

 

L’existence de dangers ne nous dit pas comment les risques professionnels vont apparaître. Le détour par le travail réel permet de le voir, de l’identifier et de l’évaluer.

 

Pour illustrer, nous prendrons l’exemple d’un agent qui pilote une installation de production qui ne démarre pas lorsqu’il appuie sur le bouton de mise en marche. Cet agent se déplace vers un boîtier, l’ouvre et appuie sur « boutons » comme il a vu faire l’agent de maintenance. Or, il s’agit d’un boîtier d’alimentation électrique de la machine qui devrait être maintenu fermé à clé et rendu inaccessible au pilote de la machine. Des pièces métalliques nues sous tension sont accessibles. L’opérateur ignore le danger et le risque auquel il est exposé.

L’évaluation des risques réels montre l’absence de connaissance du danger et du risque, le non-verrouillage du boîtier d’alimentation électrique et l’existence d’une panne de la machine non résolue que l’opérateur essaye de résoudre. Cette identification permet de poser l’évaluation des risques dans cette situation de travail et de proposer des actions de prévention au plus près du réel des agents.

 

Utilité et application de l’ergonomie

L’ergonomie trouve son utilité dans la conception des situations de travail : locaux, équipements techniques, systèmes d’information, organisation, formation… Par exemple, dans une crèche, l’allocation des espaces de vie des enfants et de travail des agents doit être faite en prenant en compte les liaisons fonctionnelles entre ces différents espaces. Dans les écoles, des locaux techniques dotés de points d’eau chaude et froide doivent être installés à tous les étages pour les travaux d’entretien et de ménage. Pour les SI, les masques de saisie sur écran doivent être conçus et réalisés en cohérence avec les documents sources des informations saisies et en tenant compte des modalités de raisonnement des opérateurs. Les exemples sont sans fin comme les situations de travail.

 

L’ergonomie trouve son application dans les situations de risques psychosociaux par l’analyse des situations collectives de travail dans lesquelles apparaissent des tensions.

 

Enfin, l’ergonomie trouve son application dans les situations de risques psychosociaux par l’analyse des situations collectives de travail dans lesquelles apparaissent des tensions et des contraintes. Elle permet, au-delà de l’identification des contraintes et de leurs modalités d’apparition et de développement, de repérer quelles sont les ressources disponibles dans les collectifs de travail ou à leur apporter notamment par le management.

L’ergonomie est une discipline récente dans la FPT qui a trouvé sa place auprès des autres disciplines de la santé au travail  : la médecine du travail, la prévention des risques, la psychologie du travail, en lien avec les managers, les travailleurs et leurs représentants.

Aujourd’hui, la pression forte qui pèse sur les ressources de la fonction publique nous laisse craindre que toutes les disciplines qui œuvrent pour maintenir la santé des travailleurs soient en recul au détriment de ces derniers à l’heure de l’allongement des carrières professionnelles, qui appelle un regain de mobilisation.

 

RESPECT, le réseau des préventeurs et ergonomes des collectivités territoriales
RESPECT, réseau des préventeurs et ergonomes des collectivités territoriales, a consacré son 10e congrès national, les 28 et 29 septembre, à « la santé et la sécurité au travail à la croisée des chemins, tiraillées entre la réduction du déficit public et la réforme de la fonction publique ».
Tous les renseignements sur cette journée sur : http://respect-prevergo.org/congres/congres-respect-2015/

 

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