Il poursuit son patron parce qu’il ne lui donnait pas assez de travail

Un salarié poursuit son ancien employeur qui l’aurait intentionnellement écarté de toute responsabilité, avant de le licencier. A la différence du «burn out», le «bore out»n’est pas reconnu comme une maladie professionnelle en France.

Une «placardisation» qu'il décrit aujourd'hui comme une «descente aux enfers insidieuse, un cauchemar».

Peut-on poursuivre son employeur pour une sous-charge de travail? Le tribunal des prud’hommes de Paris examinait ce lundi une affaire singulière, dans laquelle un salarié poursuit son ex-employeur qu’il accuse de l’avoir «placardisé». Le plaignant Frédéric Desnard, a été licencié fin 2014 après un arrêt maladie de sept mois. Mais il reproche à son ex-entreprise Interparfums, spécialisée dans la licence de parfums prestigieux, de l’avoir poussé à l’épuisement professionnel en le mettant progressivement «au placard». Un processus qu’il décrit aujourd’hui comme une «descente aux enfers insidieuse, un cauchemar». De cette période découlerait ses graves problèmes de santé: «épilepsie, ulcère, troubles du sommeil, grave dépression», énumère-t-il.

Cette «placardisation» est survenue, selon lui, à la «suite à la perte d’un gros contrat pour l’entreprise et d’une restructuration à venir». Responsable des services généraux où il s’occupait à la fois des tâches logistiques et administratives, il explique avoir été brusquement ostracisé, perdant toutes ses attributions, n’ayant «plus aucune tâche» à exécuter, ses «amis» devenant «ses ennemis», «chacun ne pensant plus qu’à sauver son poste». «J’ai déprimé, j’avais honte d’être payé à ne rien faire. Je suis épileptique et j’ai eu un accident de voiture dû à cette épilepsie, puis une grave dépression. Le plus terrible, c’est la négation de cette souffrance», ajoute-t-il.

«Incohérences» et «absences de preuves»

Aujourd’hui, Frédéric Desnard accuse son employeur de l’avoir poussé à bout volontairement. «Mon client a clairement a clairement été victime d’une mise à l’écart intentionnelle de la part de son ex-employeur qui a atteint son objectif: le licencier sans avoir à lui payer d’indemnités et notamment d’indemnité compensatrice de préavis», explique son conseil Me Montasser Charni. Outre le paiement du préavis, il réclame des dommages intérêts à hauteur de 150.000 euros. «Nous avons besoin d’un symbole, pour redonner confiance à tous les salariés concernés qui sont trop souvent rongés par un sentiment de culpabilité», poursuit-il. Mise en délibéré, la décision est attendue pour le 27 juillet.

L’avocat d’Interparfums, Jean-Philippe Benissan, rejette l’ensemble des accusations du plaignant, dont il entend pointer les «incohérences» et «l’absence de preuves». Il relève que Frédéric Desnard a été condamné en décembre 2015 pour «diffamation», le tribunal évoquant une «animosité personnelle de sa part envers la société» Interparfums, «dont les effectifs sont restés quasiment stables» à la suite de la perte de contrat à laquelle se réfère M. Desnard et pour laquelle elle a touché un dédommagement de «181 millions d’euros».

» Si le burn-out est officialisé, le «bore-out» reste dénigré

L’avocat s’étonne que le plaignant ne se soit «jamais manifesté, ni par courriel, ni par courrier auprès de l’entreprise pour faire part de son mal-être». Selon lui, il aurait même «changé d’argumentaire au fil du temps, parlant d’abord de ‘burn out’, épuisement professionnel par suractivité, puis à partir de 2015 seulement, de ‘bore out’». Si le «burn out», comme le «bore out», ne sont pas reconnus en France dans leur nouvelle terminologie comme maladies professionnelles, les faits qu’ils désignent l’ont été plusieurs fois, selon Sylvain Niel, avocat spécialiste du droit du travail: «il existe 244 arrêts de la chambre sociale de la cour de Cassation portant sur des faits de mise au placard ou de déshérence professionnelle intentionnelles, considérés comme harcèlement moral».

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