Deux fois plus de syndiqués dans la fonction publique

 

Les fonctionnaires adhèrent deux fois plus à un syndicat que les salariés du secteur privé. Ce relatif engouement qui allie intérêts catégoriels et défense de valeurs de service public est précisé par une étude de la Dares de mai 2016 qui relève, parmi ces syndiqués, une forte présence de policiers municipaux et nationaux et d’enseignants.

Un cadre sur quatre et un agent sur cinq adhèrent à un syndicat dans la fonction publique, soit un taux de syndicalisation de 20 %. Cette proportion, stable depuis le milieu des années 1990, est deux fois plus élevée que dans le secteur marchand et associatif, où les syndiqués ne sont que 9 %. Sur les raisons de cette adhésion plus large des fonctionnaires à une organisation de défense de leurs intérêts, l’étude de la Dares « La syndicalisation en France : Des salariés deux fois plus syndiqués dans la fonction publique » (1) réalisée à partir notamment de l’enquête « Conditions de travail » (2) de 2013, apporte un éclairage en creux, par comparaisons entre les salariés et ce million de fonctionnaires syndiqués.

Leviers pour adhérer

Premier constat, la stabilité de l’emploi favorise la syndicalisation. Inexistante dans l’intérim (1 %) et chez les détenteurs de contrats à durée déterminée (2 %), elle va plus souvent de pair avec un travail à temps complet (12 %) qu’avec une activité à temps partiel (8 %).

Autre enseignement tiré des statistiques, le syndiqué est un peu plus âgé que la moyenne des salariés et un peu plus souvent de sexe masculin. Dans la fonction publique, 23,5 % des adhérents à une organisation syndicale sont des hommes pour 17,5 % de femmes. Les tensions avec les supérieurs hiérarchiques apparaissent en outre comme un levier d’adhésion : 40 % des syndiqués se déclarent insatisfaits de leurs relations de travail, pour 28 % des salariés.

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Des relations de travail vécues différemment

« Les conditions d’emploi des salariés de la fonction publique (titulaires pour environ 80 % d’entre eux) et celles des salariés du secteur marchand et associatif, les relations qui les lient à leur administration ou à leur employeur, les différentes traditions et modes de représentation syndicale sur les lieux de travail renvoient à des systèmes de relations sociales différents », avance l’auteure de l’étude, Maria Teresa Pignosa.

Cette perception différenciée des relations de travail est illustrée par les réponses à un questionnaire selon l’adhésion à un syndicat et le secteur d’activité. Les fonctionnaires et encore plus souvent les syndiqués estiment, plus souvent que les salariés du privé, que leur supérieur ne les aide pas à mener à bien leurs tâches et qu’ils doivent éviter de donner leur avis. Les tensions avec les collègues sont pour eux plus présentes.

Enfin, 39 % des syndiqués de la fonction publique et du secteur privé déclarent ne pas bénéficier de l’estime que leur travail mériterait.

Des différences structurelles entre secteurs privé et public qui se traduisent par le fait que les agents publics adhèrent à peu près autant, quelle que soit la taille de leur collectivité, établissement ou ministère, alors que dans le secteur privé, plus une entreprise est importante, plus elle compte de syndiqués : à moins de 50 salariés du secteur marchand et associatif, le taux de syndicalisation chute à 5 %, alors qu’il reste à 19 % dans la fonction publique.

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Défense d’intérêts et de valeurs

Ces moyennes masquent cependant des disparités selon le versant et le secteur. Dans la fonction publique territoriale, employés et cadres, peu nombreux, se syndiquent proportionnellement autant (17 %), mais ces derniers sont peu nombreux, alors que les cadres sont davantage syndiqués dans l’hospitalière et dans la fonction publique de l’Etat.
Si 16 % des territoriaux et 17 % des agents hospitaliers sont des syndiqués, les agents de l’Etat en comptent 24 % dans leurs rangs.

Un taux élevé que l’on retrouve dans l’éducation, la formation et la recherche qui regroupent 20 % des fonctionnaires. « Le syndicalisme enseignant illustre, par certains aspects, de nombreuses particularités du syndicalisme de la fonction publique « .

Les spécificités fondées sur un fort cloisonnement interne entre corps et catégories continuent de caractériser un syndicalisme axé sur la défense d’intérêts catégoriels. Son intégration aux régulations institutionnelles et à tout un ensemble « d’associations professionnelles ou périscolaires, de mutuelles et de coopératives prenant potentiellement en charge la vie professionnelle et la vie privée des enseignants ont favorisé un rapport utilitaire », estime l’auteure de l’étude qui ajoute : « La légitimité de ce syndicalisme est néanmoins fondée depuis toujours sur l’articulation entre revendications corporatistes et revendications universalistes, comme la laïcité et la défense des services publics ».

Les agents qui travaillent pour Bercy sont deux fois plus syndiqués que leurs collègues des filières administratives. A l’inverse, le soin aux personnes suscite moins d’adhésions.

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Policiers et enseignants au coude à coude

Plus méconnu, le taux élevé de syndicalisation des policiers municipaux et nationaux est quantifié par l’étude : il concernerait 49 % de ces agents alors que 32 % des agents publics exerçant dans la sécurité et la défense se déclarent syndiqués (soit 6 % de l’ensemble des agents publics et 10 % de tous les adhérents à un syndicat).

Les organisations syndicales de policiers ont de l’influence en commissions paritaires sur les carrières des agents, en déduit la chercheuse qui ne développe pas l’analyse de cet engagement spécifique, souvent en marge des confédérations traditionnelles.

« Le ministère de l’Intérieur a toujours eu une tradition de négociation. Pour ne pas avoir des agents qui se retournent contre lui, il a tout intérêt à avoir des représentants avec lesquels passer des accords. L’enseignement et la police sont des métiers où l’affectation a beaucoup d’importance. D’où l’importance d’être présents dans les commissions administratives paritaires qui ont du poids sur la mobilité », interprète Jean-Paul Guillot, président de « Réalités du dialogue social » qui réunit entreprises, structures publiques et organisations syndicales représentatives d’employeurs et de salariés.

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Des angles morts dans le dialogue social public

Auteur de « En finir avec les idées fausses sur les syndicats et le dialogue social » (Editions de l’Atelier 2015), il voit le clivage entre fonction publique et secteur privé comme une conception encore très jacobine du dialogue social dans la fonction publique : « La loi « dialogue social » de 2010 qui a décliné la loi sur la représentativité syndicale de 2008 dans la fonction publique incite à négocier au plus près du terrain. Mais la tradition, dans la fonction publique, c’est encore de décliner des accords nationaux négociés avec les ministères alors que les organisations du secteur privé font toutes un gros effort pour se rapprocher des préoccupations des salariés. Les syndicats du secteur public étant tournés sur les sujets nationaux, ils ne le sont pas assez sur l’exercice concret du métier de fonctionnaire. De nombreux sujets, sur la formation, sur les conditions de travail, la vie quotidienne des agents, restent dans les angles morts de ce dialogue où les acteurs de terrain sont davantage tournés vers la gestion des CAP. Et dans la FPT, dans la relation triangulaire entre l’agent, le DGS et l’élu, laisse des zones de flou. Le champ du dialogue social s’ouvre lentement dans le secteur public », conclut Jean-Paul Guillot.

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