Les collectivités mettent leurs agents au sport

Outil de lutte contre l’absentéisme, facteur de cohésion sociale ou proposition d’être aussi bien dans son corps que dans sa tête, le sport fait une percée remarquée au sein des collectivités. À Poissy, les agents s’y adonnent même durant le temps de travail.

Lorsque les 849 agents de Poissy (Yvelines-38000 hab) se sont vu proposer deux heures de sport hebdomadaires sur leur temps de travail, ils ont cherché la compensation cachée. Mais ils n’ont rien trouvé, car l’idée du maire Karl Olive (LR) -visant à améliorer les conditions de travail et à lutter contre l’absentéisme- était inscrite dans une logique : avec l’heure de running proposée à tous les habitants chaque samedi depuis deux ans, il était convaincu que la pratique d’une activité sportive entre collègues était de nature à favoriser la cohésion, l’assiduité au travail, et permettre des échanges entre services parfois logés dans des annexes éloignées.

“Le dispositif a été jugé innovant par les agents, il a créé l’effet de surprise”, confie Antoine Rialland, DRH. Il a séduit très majoritairement ceux qui rejetaient sur le manque de temps ou de moyens la motivation suffisante.

Les séances de sport inclues dans le plan de formation
En deux mois, tout était prêt : 18 créneaux horaires réservés dans les équipements municipaux, le service des sports réorganisé afin que les 12 éducateurs et maîtres-nageurs encadrent les 6 activités, de la marche nordique, à l’aquajogging, en passant par la natation, l’aquagym ou la gym d’entretien. Cela permet d’optimiser l’utilisation des piscines et gymnases sans impacter le budget communal, car le DRH affirme que les deux heures passées hors du service ne provoquent pas de retard dans l’exécution du travail et la ville ne débourse pas un euro supplémentaire. Le dispositif devant “être adossé à quelque chose, il a semblé pertinent de l’inclure dans le plan de formation”, commente Antoine Rialland.

Pour les agents, l’inscription ne réclame qu’un certificat médical et l’avis favorable du chef de service dont le refus peut être motivé par une perturbation de l’organisation. Certains ont ainsi dû changer de créneau horaire ou patienter un trimestre, notamment dans les écoles et crèches où les ATSEM et auxiliaires de puériculture ont dû s’organiser pour assurer la continuité du service.

Moins de stress et un meilleur climat social
Après six mois d’application et “210 inscrits dès le premier trimestre, sur une capacité maximale actuelle de 400, nous n’en imaginions pas autant avec si peu de délai”, confie le DRH qui affirme que “la satisfaction est de 4,8 sur 5 et les reproches ne concernent que des créneaux complets. Le bilan de l’absentéisme sera dressé au terme des trois ans d’expérimentation, mais le sentiment de cohésion sociale est déjà très positif”. Le retour sur expérience des agents l’est tout autant : “plus de dynamisme (pour 34,78 % d’entre eux), moins de stress au travail (18 %), l’amélioration du climat social (14,49 %), le plaisir de partager une activité (55 %) et l’amélioration de la condition physique (36,23 %). C’est ce dernier critère qui a motivé 55 % des agents à s’inscrire, 46 % d’entre eux ayant pensé à leur santé, 32 % à réduire leur stress et 35 % ayant profité de l’opportunité de pratiquer une activité”, résume Antoine Rialland.

Monté en lien avec les services sports, juridique, communication, les organisations syndicales, la médecine du travail, Poissy Bien être bénéficie aussi du soutien de la caisse primaire d’assurance maladie, et a reçu les appels en nombre de collectivités territoriales ou centres hospitaliers qui ont engagé ou approfondi une réflexion voire programmé la mise en place d’un dispositif. Mais aucune ne s’est encore engagée sur le terrain d’une activité sur le temps de travail.

L’esprit d’équipe sur le terrain comme au travail
Il y a celles qui mettent leurs équipements à la disposition des agents : Toulouse (Haute-Garonne-467000 hab), où ils bénéficient de l’entrée gratuite dans les piscines ; Plaisir (Yvelines-31800 hab) où salles et terrains permettent à une cinquantaine de d’agents sportifs d’opter pour un service à la carte le midi ; Saint-Germain en Laye (Yvelines-39500 hab) où la demande d’agents férus de badminton, en 2009, s’est enrichie d’autres disciplines et de tarifs négociés auprès d’associations locales, alors que Pascale Lebecq, directrice jeunesse et sports, précise que la ville organise une fête du sport annuelle pour ses agents et inscrit les volontaires aux Foulées royales.

Dès la rentrée, Chanteloup-les Vignes (Yvelines-10200 hab) proposera des cours d’initiation à la boxe, avec un choix de discipline tout à fait justifié puisque le responsable du service des sports, Zakaria Attou, est boxeur professionnel et champion d’Europe de la discipline.

Bien-être des agents
Toutes les collectivités recherchent le bien-être au travail, la cohésion de groupe et réfléchissent aux moyens à mettre en œuvre. À Toulouse “la problématique de la sédentarisation et de l’hygiène autour du sport” sera traitée dès 2018, confie Didier Rivière, responsable de la cellule prévention à la DRH ville et métropole. À Plaisir, “promulguer les valeurs du sport” devrait donner lieu à l’extension du dispositif après l’analyse du questionnaire de satisfaction” explique Stéphane Meih, directeur des sports. À Pélissanes (Bouches-du-Rhône-9900 hab) la mise à disposition d’équipements permet aux 250 agents de pratiquer zumba, muscu-cardio ou course à pied, encadrés par un agent municipal, un animateur ou un bénévole associatif ; cantonné à la pause méridienne ou à la fin de journée, le dispositif pourrait être amené “à grignoter sur le temps de travail”, affirme Cédric Picquart, DRH.

Pause méridienne
Au conseil départemental de la Sarthe (Pays de la Loire-570000 hab), le mois de juin a vu la mise en place progressive d’activités durant la pause méridienne ; avec 2200 agents sur plusieurs sites, “la cohésion d’équipe sans hiérarchie” se crée avant d’arriver sur le terrain, puisque la collectivité assure le transport et fournit les repas aux agents sportifs, explique Cédric Sidobre, directeur de la communication.

À Saint-Laurent du Var (Alpes-Maritimes-29000 hab), où l’absentéisme est supérieur à la moyenne nationale, des activités seront proposées en janvier, après analyse des résultats de l’audit mené auprès des 750 agents. “Nous sommes conscients de la nécessité d’apporter autre chose que du travail, notamment en terme de loisirs”, confie Murielle Bernard-Hlad, chef du service Bien-être : 2h de sport devraient être encadrées par des éducateurs sportifs ou des agents diplômés, sur le temps personnel pour commencer. Le taï-chi, la natation ou la gymnastique douce devraient précéder le théâtre et le chant “et nous pensons que 30 % des agents pourraient y adhérer”.

« On constate moins d’absentéisme », David Bank, DGS de Mauguio (Hérault – 20000 hab)
C’est sur la pause méridienne que Mauguio (Hérault – 20000 hab) propose une activité à ses 400 agents, depuis deux ans, afin de “favoriser les échanges au travers du sport et de créer du lien”, explique David Bank, DGS, heureux que le dispositif ait pu être monté avec les services RH et des sports. Fitness, musculation, badminton, futsall, pilates, notamment, sont ainsi proposés, après avoir dressé le constat que nombre d’agents déjeunaient sur place et que leur proposer une activité concernant leur santé était pertinent.

Des éducateurs municipaux ou des animateurs encadrent “Midi sports” sur cinq jours, et si la ville y consacre 10000€ annuels, David Bank juge que “sans que ce soit le baromètre de la santé au travail, cela crée une émulation. Et tout ce qui contribue à rendre l’agent bien dans ses baskets doit être facilité. C’est un dispositif qui fait que les gens se sentent bien au travail et même sans chiffres on constate moins d’absentéisme dans les services, le ressenti est très bénéfique.”

Avec la même volonté d’encourager la cohésion, la ville organise un tournoi inter-services et se charge même d’inscrire à ses frais les agents qui souhaitent porter l’esprit d’équipe jusqu’aux marathon et raids de l’Hérault.

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