Outre-mer : comment « freiner encore plus fort la progression du virus »

Professionnels de santé et parlementaires ont ces derniers jours alerté sur la situation potentiellement explosive des outre-mer, où les systèmes sanitaires ne sont pas armés pour faire face à une propagation massive du Covid-19. Le Premier ministre a présenté le 28 mars les deux axes de la stratégie du gouvernement dans ces territoires : un confinement encore plus strict qu’en métropole et un renforcement des capacités sanitaires, avec l’appui militaire de l’opération « Résilience », l’ouverture de lits de réanimation et la possibilité de faire appel à des médecins hors Union européenne.  

Lors de sa conférence de presse du 28 mars 2020 sur le Covid-19, le Premier ministre a exposé la stratégie mise en place pour les territoires ultramarins. Pour l’heure moins touchés que la métropole, les outre-mer recensaient à cette date 550 cas et trois décès, mais la fragilité de leurs systèmes de santé et leur isolement font craindre aux professionnels une catastrophe sanitaire.

« Nous sommes sur une île, loin de la métropole : quand nos moyens de prise en charge des cas sévères seront saturés, il n’y aura aucune possibilité de prise en charge alternative », avait ainsi alerté le conseil départemental de l’Ordre des médecins de La Réunion le 20 mars. A Mayotte comme à La Réunion, les personnes atteintes de ce nouveau virus viennent s’ajouter à celles de l’épidémie de dengue, « d’une exceptionnelle ampleur », a ajouté le sénateur de Mayotte Thani Mohamed Soilihi le 25 mars, lors des questions au gouvernement. A Mayotte, « une grande partie de la population vit dans des conditions de précarité et de promiscuité propices à l’expansion de cette épidémie », a -t-il poursuivi, mentionnant les habitations traditionnelles sans accès aux sanitaires, une population de 257.000 habitants « qui s’élève probablement au double en raison de l’immigration clandestine » et le dispositif sanitaire très restreint avec un unique hôpital « déjà saturé » et « seuls 28 médecins libéraux ». Les moyens humains en matière de santé sont également très tendus aux Antilles et, encore plus, en Guyane.

Restrictions à leur minimum des entrées sur le territoire  

Dans ce contexte, il s’agit donc de « freiner encore plus fort la progression du virus dans ces territoires », a déclaré Edouard Philippe le 28 mars. Le Premier ministre a énuméré les mesures de « restrictions strictes pour l’entrée sur ces territoires » : interdiction d’escale des bateaux de croisière, interdiction d’entrée dans ces territoires « sauf motifs impérieux », « d’où des réductions très fortes des vols commerciaux ». Ces vols commerciaux seront supprimés concernant Mayotte et réduits à trois par semaine pour La Réunion, a ensuite détaillé un communiqué des ministres des Outre-mer et des Transports. Une « continuité minimale des liaisons aériennes » s’effectuera entre Mayotte et La Réunion pour ravitailler Mayotte (médicaments, alimentation…), « permettre les rapatriements et les évacuations sanitaires urgentes, ainsi que des renforts de personnel soignant ».

Généralisé à titre préventif en même temps que la métropole – avec quatorzaine stricte pour ceux qui arrivaient de métropole -, « le confinement doit être encore renforcé pour produire son effet sur des territoires plus fragiles du point de vue sanitaire que ne l’est la métropole », a poursuivi le Premier ministre. Les préfets sont donc encouragés à prendre des mesures plus strictes, telles que des couvre-feux – un couvre-feu général est déjà en place à Mayotte – ou la réduction des transports à l’intérieur des territoires.

Renforcement des capacités sanitaires

Des lits supplémentaires de réanimation vont par ailleurs être ouverts : ils passeront de 81 à 169 lits aux Antilles, de 16 à 50 à Mayotte, de 29 à 40 en Guyane et de 111 à 161 à La Réunion. La réserve sanitaire sera mobilisée pour augmenter les effectifs, avec également la possibilité pour les territoires d’outre-mer de recourir à des médecins hors Union européenne – des médecins cubains devraient notamment intervenir aux Antilles, la publication du décret est annoncée pour cette semaine.

Annoncé par le président de la République le 25 mars lors de son allocution à Mulhouse, le déploiement « immédiat » du porte-hélicoptères amphibies Mistral dans le sud de l’océan Indien et, « à partir de début avril », du porte-hélicoptères Dixmude dans la zone Antilles Guyane interviendra « en soutien de nos territoires ultramarins ». Dans le cadre de l’opération « Résilience », ces renforts militaires offriront « des capacités sanitaires de délestage », a complété le Premier ministre le 28 mars, pour « accueillir des patients », « décharger les hôpitaux sur place » et « assurer des flux logistiques qui sont indispensables ».

Autre mesure : l’approvisionnement en masques et en tests des outre-mer. Concernant « les masques et le matériel indispensable » à la gestion de cette crise sanitaire, « la solidarité nationale va jouer pleinement » vis-à-vis des territoires d’outre-mer que sont la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et Wallis et Futuna, quand bien même la compétence sanitaire relève de ces territoires, a assuré le Premier ministre.

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