L’égalité entre les femmes et les hommes est un levier indispensable de sortie de crise!

  


À l’occasion du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, la CGT, la CFDT, FO, l’UNSA, la CGC, la FSU et Solidaires souhaitent interpeller gouvernement et patronat.

La crise iné­dite que nous tra­ver­sons a un impact direct sur les femmes. Si elle a été l’occa­sion de mettre enfin dans la lumière l’uti­lité sociale de nom­breux métiers à pré­do­mi­nance fémi­nine, elle se tra­duit aussi par des dif­fi­cultés accrues pour les femmes. Comme le révèle l’OIT, dans le monde, les pertes d’emploi et bais­ses de reve­nus engen­drées par la crise ont été plus impor­tan­tes pour les femmes que pour les hommes.

En France, l’aug­men­ta­tion de la pré­ca­rité et de la pau­vreté péna­lise d’abord les femmes, qui repré­sen­tent 80% des temps par­tiels, 60% des titu­lai­res de CDD et 80% des famil­les mono­pa­ren­ta­les. La fra­gi­li­sa­tion du fonc­tion­ne­ment des écoles et des crè­ches péna­lise d’autant plus les femmes, nom­breu­ses à télé­tra­vailler tout en gar­dant leurs enfants, avec des consé­quen­ces néga­ti­ves sur leur car­rière et leur santé. Le confi­ne­ment s’est aussi tra­duit par une aug­men­ta­tion des vio­len­ces intra­fa­mi­lia­les et par une fra­gi­li­sa­tion de l’accès aux soins. Nous nous féli­ci­tons de l’allon­ge­ment du congé pater­nité qui fait écho à une pro­po­si­tion que nous por­tons ensem­ble depuis de lon­gues années. Cependant, nous regret­tons que la plu­part des négo­cia­tions et des plans d’action visant à l’amé­lio­ra­tion de la situa­tion des femmes (sup­pres­sion des écarts de salaire, droits liés à la paren­ta­lité, temps par­tiels, lutte contre les vio­len­ces…) avec les pou­voirs publics comme avec le patro­nat soient, au motif de la crise ajour­nés ou enter­rés. De ce point de vue la sup­pres­sion du Conseil Supérieur à l’Egalité Professionnelle est un signe très néga­tif car il fait dis­pa­rai­tre un des rares cadres de démo­cra­tie sociale consa­cré à l’égalité pro­fes­sion­nelle.

Nous aler­tons solen­nel­le­ment gou­ver­ne­ment et patro­nat : sans poli­ti­que économique et sociale et relance de la démo­cra­tie sociale pre­nant réel­le­ment en compte les droits des femmes, la crise risque de se tra­duire par une aug­men­ta­tion des iné­ga­li­tés et un recul de la situa­tion des femmes.

Nous por­tons ensem­ble notam­ment les exi­gen­ces sui­van­tes :

• La rati­fi­ca­tion de la conven­tion 190 et de la recom­man­da­tion 206 de l’Organisation Internationale du Travail contre la vio­lence et le har­cè­le­ment dans le monde du tra­vail doit être l’occa­sion d’aller plus loin que le cadre légis­la­tif actuel. Nous pro­po­sons notam­ment que la pré­ven­tion des vio­len­ces sexis­tes et sexuel­les soit un sujet obli­ga­toire de négo­cia­tion dans les entre­pri­ses sous peine de sanc­tion pour les employeurs. Nous vou­lons la mise en place d’une obli­ga­tion de for­ma­tion des pro­fes­sio­nel·­le·s et de sen­si­bi­li­sa­tion des sala­rié.e.s, le ren­for­ce­ment des dis­po­si­tifs d’accom­pa­gne­ment des vic­ti­mes, notam­ment dans les entre­pri­ses sans repré­sen­tant.e.s du per­son­nel. Nous deman­dons enfin l’appli­ca­tion de la conven­tion et de la recom­man­da­tion en matière de pro­tec­tion du tra­vail des vic­ti­mes de vio­len­ces conju­ga­les (droit à mobi­lité géo­gra­phi­que et fonc­tion­nelle choi­sie, absen­ces rému­né­rées, prise en charge des frais médi­caux et sociaux sans frais, inter­dic­tion des licen­cie­ments…).

• Les salai­res des métiers à pré­do­mi­nance fémi­nine doi­vent être reva­lo­ri­sés et la loi qui garan­tit un salaire égal pour un tra­vail de valeur égale doit être appli­quée. Nous deman­dons que soit rendue obli­ga­toire et dans un délai contraint, l’ouver­ture de négo­cia­tions por­tant sur les clas­si­fi­ca­tions dans le privé et les grilles indi­ciai­res dans la fonc­tion publi­que en vue de reconnai­tre et valo­ri­ser les mis­sions, les qua­li­fi­ca­tions et com­pé­ten­ces mises en œuvre dans les métiers et corps à pré­do­mi­nance fémi­nine.

• Les aides aux entre­pri­ses doi­vent être condi­tion­nées et le plan de relance doit per­met­tre de lutter contre la pau­vreté, les contrats pré­cai­res et à temps par­tiels et les licen­cie­ments, qui frap­pent de nom­breu­ses femmes. La réforme de l’assu­rance chô­mage doit être aban­don­née, notam­ment parce qu’elle péna­lise les plus pré­cai­res, sou­vent des femmes, qui subis­sent une double peine : moins payées au tra­vail et donc moins indem­ni­sées au chô­mage.

• L’index égalité sala­riale doit être cor­rigé pour per­met­tre de sup­pri­mer effec­ti­ve­ment les écarts de rému­né­ra­tion. Le «seuil de per­ti­nence», le barème et la pon­dé­ra­tion mas­quent une partie des écarts. Les obli­ga­tions de trans­pa­rence et les moyens du CSE en matière d’infor­ma­tion et de dia­lo­gue social sont à ren­for­cer et les employeurs doi­vent déblo­quer les enve­lop­pes de rat­tra­page sala­rial néces­sai­res. Par ailleurs, l’obli­ga­tion de résul­tat en matière d’égalité sala­riale doit être étendue à la fonc­tion publi­que par des mesu­res contrai­gnan­tes.

• Les ser­vi­ces publics doi­vent être ren­for­cés, notam­ment en ce qui concerne la prise en charge des enfants et de la perte d’auto­no­mie, majo­ri­tai­re­ment assu­mées par des femmes, afin de faire recu­ler les iné­ga­li­tés et de mieux affron­ter les crises.

Pour nos orga­ni­sa­tions, l’égalité entre les femmes et les hommes est l’un des leviers de sortie de crise indis­pen­sa­ble. Pour cons­truire une société plus juste et plus rési­liente nous avons besoin d’inves­tir dans le sec­teur des soins et du lien, de ren­for­cer les ser­vi­ces publics, de reva­lo­ri­ser les métiers à pré­do­mi­nance fémi­nine et de mettre fin aux vio­len­ces et aux dis­cri­mi­na­tions!

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